Contact

Rapport sur la grande distribution : l’étouffoir inventé par le Sénat. Chronique d’une enfant de Césaire

Rapport sur la grande distribution : l’étouffoir inventé par le Sénat. Chronique d’une enfant de Césaire

Le Sénat vient de publier un énième rapport sur les pratiques de la grande distribution, et le constat est aussi prévisible que décevant. Face aux tensions entre producteurs, industriels et distributeurs, nos élus proposent leur solution miracle habituelle : plus de réglementation, plus de contrôle, plus de paperasse administrative. Cette approche typiquement française, qui consiste à empiler les textes législatifs comme on empilerait des pansements sur une jambe de bois, révèle une incompréhension fondamentale des mécanismes économiques. Au lieu de s'attaquer aux racines du problème - la concentration excessive du secteur, les marges arrière opaques, la guerre des prix destructrice - on préfère créer de nouvelles obligations déclaratives qui viendront alourdir un arsenal juridique déjà pléthorique.

Cette manie réglementaire n'est pas sans rappeler les vers d'Aimé Césaire sur l'étouffement colonial, transposés ici à notre bureaucratie moderne. Comme l'enfant de Césaire qui suffoque sous le poids des contraintes imposées, nos entreprises, particulièrement les PME et les producteurs locaux, se retrouvent asphyxiées par un millefeuille administratif qui les empêche de respirer et d'innover. Le Sénat, dans sa tour d'ivoire, semble ignorer que chaque nouvelle réglementation représente des heures de travail supplémentaires, des coûts de mise en conformité, et autant d'énergie détournée de l'activité productive. Les grands groupes, eux, ont les moyens de s'adapter : armées de juristes, services de compliance rodés, ils transforment même ces contraintes en barrières à l'entrée pour leurs concurrents plus modestes.

Le plus ironique dans cette affaire, c'est que ces mesures censées protéger les plus faibles finissent par les écraser davantage. Les agriculteurs croulent déjà sous les normes, les petits transformateurs peinent à suivre les évolutions réglementaires, et voilà qu'on leur promet encore plus de formulaires à remplir et de contrôles à subir. Pendant ce temps, les véritables enjeux - la juste rémunération des producteurs, la transparence des négociations commerciales, la lutte contre le gaspillage alimentaire - restent des vœux pieux noyés dans un océan de bonnes intentions législatives. Il est temps de changer de paradigme : moins de lois, plus de bon sens ; moins de contrôle, plus de responsabilisation ; moins d'étouffoir bureaucratique, plus d'oxygène économique.